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Les conseils avisés de Pierre Mendès France

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Il y a trente et un ans, le 18 octobre 1982, s’éteignait Pierre Mendès France. Mendès fait partie de ces rares hommes politiques qui maîtrisent les questions économiques. Lecteur de Keynes dès les années 1920, il construit son approche à un moment où la crise mine l’emploi, où la finance dérape et où l’on s’interroge sur les meilleurs politiques à suivre pour répondre à ces problèmes.

Féru de théorie économique, Mendès applaudit les économistes libéraux pour avoir montré le rôle essentiel des prix dans la coordination des agents économiques en économie de marché. Il regrette cependant que ceux-ci n’aient rien à dire pour expliquer et lutter contre les crises et les situations durables de chômage.

Face au sous-emploi, affirme Mendès, il ne faut surtout pas courir après l’équilibre budgétaire car cela tue la croissance. Il n’y a que lorsque la prospérité est revenue que l’équilibre budgétaire doit redevenir nécessaire mais pas avant, conclut Mendès.

Concrètement, la politique budgétaire idéale en temps de crise doit jouer à la fois sur les dépenses et sur les recettes. Côté dépenses, il faut pousser l’investissement public. Côté recettes il faut augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu, augmenter les droits de succession, frapper d’un impôt supplémentaire les bénéfices non distribués des sociétés …

La quête d’une fiscalité juste n’a jamais quitté Mendès France. En 1932, il appelle au développement des droits de succession et dès 1938, il réclame un impôt sur la fortune. A l’inverse, il restera toute sa vie opposé aux impôts sur la consommation, de type TVA, « l’impôt de la vie chère, qui décourage le consommateur et accroît la crise ; c’est l’impôt injuste ». Il condamnera également à de nombreuses reprises l’évasion fiscale, outil à ses yeux d’une concurrence déloyale.

La politique monétaire a également son rôle à jouer pour lutter conter le chômage en visant une politique de taux d’intérêt bas. Aujourd’hui, on dirait que la Banque Centrale Européenne doit acheter des titres de dette publique pour maintenir des taux à long terme à un niveau bas.

Mais la banque centrale n’est pas la seule à maîtriser les conditions de l’économie. Les banques jouent également un rôle essentiel.

Ainsi, si l’État doit toujours réguler la finance, quelle doit être son intervention particulière en période de crise ? « Il faut assurer la confiance du public dans la gestion des banques », ce qui peut l’amener « à intervenir dans la gestion des banques de dépôts, leur interdire certaines opération et contrôler leur activité ».

Son ouvrage de 1930 s’enflamme en faveur de la construction d’une fédération paneuropéenne, faut de quoi il y aurait deux politiques en Europe : celle des États – morcelée – et celle des banques – destinée à imposer aux nations les solutions de leurs intérêts. Il accepte le principe d’une autorité européenne supranationale mais craint la dérive technocratique.

Si il discute de techniques économiques, Pierre Mendès France est avant tout un homme politique de gauche. Il sait que toutes ses proposition impliquent de remettre en cause des intérêts bien établis. « La question se pose donc de savoir si les puissances capitalistes, et notamment les classes économiquement les plus puissantes, accepteront cette réduction de leurs profits » en faveur de l’emploi et de l’intérêt général. Il n’aurait pas été dépaysé dans la France de 2014.

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